Test de la Sculpfun G20 : graver le métal pour 1 299 € ?
Graver l'inox, le laiton ou le titane était réservé à l'industrie : un laser fibre coûtait plusieurs milliers d'euros, pesait le poids d'un frigo et exigeait un technicien. La Sculpfun G20 promet la même chose pour 1 299 €, en 7 kg posés sur un bureau. Trop beau pour être vrai ? Nous l'avons testée plusieurs jours. Voici notre verdict, et les trois pièges que la fiche produit passe sous silence.
À retenir
- Sculpfun G20 : premier laser fibre de la marque, 20 W galvo, ~1 299 €.
- Pour le métal : inox, laiton, alu, titane, cuivre, or, argent. Gravure nette et rapide.
- Ultra-rapide : galvo jusqu'à 10 000 mm/s. Surface 150×150 mm (extensible à 350×150).
- Tolérante : de bons résultats même avec des réglages génériques.
- 3 pièges : Lightburn Pro payant (~100 €), pas de caméra, logiciel maison basique.
- Pas pour le bois/cuir/acrylique (c'est le rôle d'un laser diode).
Sculpfun G20 : qui fabrique cette machine ?
Sculpfun est une marque chinoise fondée en 2019, parmi les premières à monter des diodes laser bleues sur des graveuses grand public. C'est la technologie des lecteurs Blu-ray, produite en masse, donc peu chère : de quoi proposer des machines à quelques centaines d'euros et se faire un nom chez les makers. (C'est d'ailleurs souvent sur des Sculpfun que débutent nos stagiaires en formation laser.)
La G20 marque un tournant : c'est leur tout premier laser fibre. Et dès le déballage, la réponse est claire : ce n'est pas une machine bricolée pour tester le marché, mais le signe d'une montée en gamme. Livrée en trois blocs (tête laser, axe Z motorisé, plaque de base), montée en dix minutes sans notice, avec lunettes, blocs de positionnement, règle, pack de matériaux d'entraînement et clé USB. La finition surprend : loin des profilés alu et vis apparentes des premières Sculpfun, on a un bloc compact bien fini, au niveau de ce que fait xTool à trois fois le prix.
Laser fibre et galvo : comprendre la technologie
Deux notions expliquent ce que cette machine a dans le ventre.
D'abord, c'est un laser fibre à 1 064 nm : sa lumière est absorbée par les métaux. Il grave donc l'inox, l'alu, le laiton, le cuivre, le titane, et même l'or et l'argent, là où un laser diode ne fait quasiment rien sur ces matériaux.
Ensuite, c'est un laser galvo : la tête ne bouge pas, seuls deux miroirs motorisés orientent le faisceau. La seule chose qui se déplace, c'est la lumière, qui ne pèse rien. D'où une vitesse annoncée de 10 000 mm/s, contre 100 à 400 pour une graveuse classique à portique. Ce n'est pas un peu plus rapide, c'est un autre monde. Sculpfun parle d'un galvo de grade industriel, prévu pour tourner des heures sans se dérégler.
La contrepartie : la surface de travail. 150 × 150 mm en sortie de boîte (extensible à 350 × 150 avec un kit coulissant), c'est petit. Largement suffisant pour des bijoux, couteaux, plaques et médailles ; à écarter si vous visez des panneaux.
Le logiciel : le vrai maillon faible
C'est là qu'arrive la première surprise, mauvaise. Sculpfun annonce deux logiciels : SGD Laser (maison) et Lightburn, le grand classique. Mais un laser galvo dans Lightburn exige la licence Pro, à part, qu'une licence Lightburn classique ne couvre pas : comptez une centaine d'euros de plus. Ce n'est pas Sculpfun qui fixe ce prix, et la fiche produit le mentionne (en tout petit), mais si vous arrivez avec votre Lightburn habituel en pensant que ça marchera, vous repaierez.
Reste SGD Laser, gratuit (PC, Mac, téléphone), avec une connexion USB ou Wi-Fi quasi automatique. Il fait le travail (importer une image ou un SVG, écrire du texte, régler puissance/vitesse/fréquence) mais reste très basique : pas de test matériaux pour trouver les bons réglages, une bibliothèque de matières maigre. La mécanique est en avance sur l'interface, exactement là où xTool (laser) ou Bambu Lab (impression 3D) ont creusé l'écart.
Un laser galvo dans Lightburn exige la licence Pro, distincte de la licence classique (~100 € de plus). Si vous comptez utiliser Lightburn, intégrez ce coût au budget, ou prévoyez le pack machine + licence proposé par Sculpfun.
Nos tests de gravure
Inox : la claque
Premier test sur une plaque d'acier inoxydable, avec un blueprint de Renault 5 (plein de traits fins). Cadrage avec l'aperçu de zone, lancement… trente secondes, et la gravure est finie : traits nets, contraste franc, détails fins présents. Du niveau de machines bien plus chères.
Deuxième test, toujours sur inox mais plus profond : une illustration pleine de surfaces à remplir, en deux passes (~10 minutes). Résultat superbe, noir profond, aplats uniformes. Seul imprévu : la plaque s'est légèrement cintrée en fin de gravure. Ce n'est pas un défaut de la machine, c'est la physique (deux passes sur une plaque fine, ça chauffe et le métal bouge). Pour ce type de gravure, prenez une plaque plus épaisse ou fixez-la.
Laiton : bluffant, même à l'aveugle
Sur une rondelle de laiton vierge, on a gravé un logo Bitcoin. Le laiton n'étant pas dans la bibliothèque, on a mis des valeurs génériques d'un métal proche, à l'aveugle. Trente secondes plus tard : logo net, contraste superbe sur le doré. La machine est tolérante : pas besoin d'être expert pour sortir du propre. Le pendentif « AVA » (médaille de chien) gravé en trois secondes l'a confirmé.
Résultats de nos tests
| Matériau | Test | Temps | Résultat |
|---|---|---|---|
| Inox | Blueprint fins détails | 30 s | Net, contraste franc |
| Inox | Illustration pleine, 2 passes | ~10 min | Superbe (léger cintrage) |
| Laiton | Logo, réglages génériques | 30 s | Net, contraste superbe |
| Métal | Médaille gravée (texte) | 3 s | Propre et rapide |
| Bois | Logo (hors vocation) | — | Pâle, sans contraste |
| Cuir | Logo (hors vocation) | — | Terne, marquage léger |
Bois et cuir : hors sujet (et c'est normal)
La fiche produit mentionne le cuir, l'ardoise, certains plastiques. Nous avons testé bois et cuir : le résultat est pâle, grisâtre, sans contraste sur le bois ; un peu mieux sur le cuir, mais terne. Ce n'est pas la machine qui est mauvaise, c'est la physique : un laser fibre (1 064 nm, infrarouge) est mal absorbé par les matières organiques, là où une diode bleue (455 nm) excelle sur le bois. Deux technologies, deux familles de matériaux. La G20 fait le métal ; pour le reste, il faut une autre source laser.
Fiche technique de la Sculpfun G20
Fiche technique Sculpfun G20
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Type de laser | Fibre galvo, 1 064 nm |
| Puissance | 20 W |
| Vitesse max | Jusqu'à 10 000 mm/s |
| Spot laser | 0,01 mm |
| Surface de travail | 150 × 150 mm (extensible 350 × 150) |
| Focus | Axe Z motorisé |
| Matériaux | Métaux (inox, laiton, alu, titane…) |
| Marquage couleur | Oui (inox, titane) |
| Logiciels | SGD Laser (gratuit) / Lightburn Pro |
| Poids | ~7 kg |
| Prix indicatif | ~1 299 € |
Face à la concurrence : la xTool F1 Ultra
L'éléphant dans la pièce, c'est xTool. Quand on cherche un laser galvo compact, on tombe sur la xTool F1 Ultra : belle, dotée d'une caméra, d'un logiciel abouti, et surtout de deux sources laser (fibre pour le métal, diode pour le bois, le cuir, l'acrylique). Elle fait tout. Mais elle coûte environ 4 100 €.
La G20 est à 1 299 € et ne fait que le métal. Sur la polyvalence et le confort (caméra, logiciel), la F1 Ultra gagne, sans conteste. Mais sur la gravure métal pure, sur ce que le faisceau fait réellement à l'inox et au laiton, rien ne justifie 2 800 € d'écart. Une machine qui ne fait qu'une chose n'est pas forcément bridée : c'est souvent une machine qui fait cette chose bien. Si vous ne gravez que du métal, la diode de la F1 Ultra, vous la payez pour rien.
Deux points d'honnêteté
Les promesses non vérifiées. Sculpfun annonce une gravure profonde jusqu'à 1,5 mm et la découpe de feuilles fines de laiton, inox et alu. Nous n'avons pas réussi à valider ces deux points dans le temps du test, non par échec de la machine, mais parce que cela demande de trouver le bon compromis matériau / passes / vitesse / fréquence, quasi impossible sans test matériaux dans le logiciel.
Une machine ouverte. Pas de capot fermé ni d'extraction de fumée intégrée. Les lunettes de protection sont donc obligatoires à chaque gravure. Un capot d'extraction est proposé en option (~1 200 €).
La G20 est un laser ouvert de classe 4 : le port de lunettes de protection adaptées est obligatoire à chaque utilisation, sans exception. Vérifiez le marquage CE de vos lunettes et, dans le doute, équipez-vous de protections certifiées à la bonne longueur d'onde (1 064 nm). Gravez dans un local ventilé, avec extraction des fumées.
Les 3 pièges que la fiche produit ne dit pas
Les 3 pièges de la G20
- Lightburn Pro payant Pour exploiter le galvo dans Lightburn, il faut la licence Pro (~100 €), même si vous avez déjà Lightburn.
- Pas de caméra Le placement se fait à l'œil via l'aperçu rouge. Gênant pour le recto-verso et la petite série.
- Logiciel maison basique SGD Laser permet de démarrer, pas de progresser : sans test matériaux, les réglages se cherchent à la main.
Verdict : à qui s'adresse la G20 ?
Trop beau pour être vrai ? Non. La G20 tient ses promesses là où ça compte : gravure nette, rapide, tolérante aux réglages, finition au niveau des marques premium. Pour 1 299 €, difficile de trouver mieux en laser fibre : c'est le meilleur rapport qualité-prix du marché. À condition d'intégrer les trois pièges (Lightburn Pro, absence de caméra, logiciel basique) dans votre budget et vos attentes.
Pour qui ? L'artisan, le maker, le commerçant qui veut se lancer dans la personnalisation métal : couteaux, bijoux, médailles, plaques, gourdes (avec kit rotatif). Faire des marchés, ouvrir une boutique en ligne. Pas pour qui ? Ceux qui veulent aussi graver bois, cuir ou acrylique : ce n'est pas la vocation d'un laser fibre, une diode fera mieux et pour moins cher.
Conclusion : formez-vous à la gravure laser
La Sculpfun G20 démocratise la gravure métal avec un rapport qualité-prix inédit. Mais une machine, aussi bonne soit-elle, ne remplace pas le savoir-faire : réglages, sécurité laser, choix des matériaux et post-traitement font la différence entre un essai et un produit vendable.
Envie d'apprendre la gravure laser, du loisir à l'activité professionnelle ? La Nouvelle École propose des formations à la gravure laser, éligibles au CPF et certifiées Qualiopi.
Questions fréquentes
Quels matériaux la Sculpfun G20 peut-elle graver ?
C'est un laser fibre : il excelle sur les métaux (inox, laiton, aluminium, titane, cuivre, or, argent), avec même du marquage couleur sur l'inox et le titane. En revanche, il est peu adapté aux matières organiques (bois, cuir, acrylique), qui relèvent d'un laser diode. La G20 est une machine à métal avant tout.
Pourquoi un laser fibre grave-t-il le métal et pas le bois ?
Question de longueur d'onde. Le laser fibre émet à 1 064 nm (infrarouge), très bien absorbé par les métaux mais mal par les matières organiques. Une diode bleue (455 nm) fait l'inverse : superbe sur le bois, quasi inefficace sur le métal nu. Deux technologies complémentaires, chacune sa famille de matériaux.
Faut-il payer Lightburn en plus ?
Si vous voulez utiliser Lightburn, oui : un laser galvo exige la licence Lightburn Pro (~100 €), distincte de la licence classique. Le logiciel maison SGD Laser est gratuit et suffit pour démarrer, mais il reste basique. Sculpfun propose aussi un pack machine + licence Lightburn.
La G20 est-elle sûre ? Faut-il des protections ?
C'est un laser ouvert de classe 4 : le port de lunettes de protection adaptées à 1 064 nm est obligatoire à chaque utilisation. Gravez dans un local ventilé avec extraction des fumées. Un capot d'extraction est proposé en option. Vérifiez la certification (CE) de vos lunettes de protection.
G20 ou xTool F1 Ultra : laquelle choisir ?
La F1 Ultra (~4 100 €) est plus polyvalente (double source fibre + diode, caméra, logiciel abouti) : elle grave métal ET bois/cuir/acrylique. La G20 (~1 299 €) ne fait que le métal, mais le fait très bien. Si vous ne gravez que du métal, la G20 offre un bien meilleur rapport qualité-prix ; si vous voulez tout faire, la F1 Ultra se justifie.

SketchUp
Creo
Exocad