Test de l'Alcheman Elyarchi : le hold-up du siècle ou le plus beau des mirages ?
450 °C à la buse, une chambre chauffée, la promesse d'imprimer du PEEK pour 1000 € : sur le papier, l'Elyarchi pulvérise un marché habitué aux machines à 10 000 €. On l'a poussée jusqu'au bout. La réalité est tout autre.
1000 euros. Retenez bien ce chiffre. Parce que pour ce prix, l'Alcheman Elyarchi promet quelque chose de fou : 450 degrés à la buse, une chambre chauffée, et surtout la capacité d'imprimer du PEEK, un plastique aussi solide que du métal, utilisé dans les satellites et l'aéronautique. Des performances qu'on trouve d'ordinaire sur des machines à 10 000 euros minimum.
Forcément, une question s'impose : Alcheman vient-elle de casser le marché de l'impression 3D ? Est-ce enfin la machine qui démocratise les matériaux ultra techniques ? Sur le papier, ça a l'air trop beau. Et après avoir testé pas mal d'imprimantes, celle-là nous a fait vivre un test qu'on n'avait pas vu venir. Vraiment pas.
On l'a poussée à fond. On a acheté du PEEK, du PEKK, du PPS carbone, exprès pour elle. Et on est allés jusqu'au bout de l'expérience. Alors : le hold-up du siècle, ou le plus beau des mirages ? La réponse vaut le détour.
1. La promesse : une imprimante PEEK à prix cassé
Commençons par comprendre pourquoi cette machine fait autant rêver, parce que sur le papier, c'est du lourd. Un gros volume d'impression, près de 30 centimètres sur chaque axe. Une architecture CoreXY, rapide et précise, qui a fait ses preuves. Un hotend céramique annoncé à 450 degrés.
Et surtout, LE truc : une chambre chauffée à 90 degrés et un plateau à 130. C'est la porte d'entrée vers les matériaux techniques, le PEEK, le PPS, le PEI. Les plastiques de l'aéronautique, du médical, de l'industrie. Pour donner l'échelle : une machine qui monte à ces températures coûte d'habitude presque dix fois plus cher. Certaines machines professionnelles grimpent à 500 degrés, mais coûtent autour de 10 000 euros. Ici, on parle d'une machine à mille.
Ajoutez une filtration multi-couches contre les particules et un fonctionnement sous Klipper, donc une machine ouverte, bidouillable à l'infini. Franchement, sur le papier, on a envie d'y croire. On a même très envie d'y croire. Restait à vérifier tout ça dans le vrai. Et dès le déballage, un premier détail nous a fait tiquer.
2. Le déballage : les premiers signaux d'alerte
De loin, la machine en jette. Le châssis a l'air sérieux, la structure bien pensée. Sur la photo produit, ça passe crème. Mais en se rapprochant, c'est tout de suite moins classe. Des LED RGB clignotent dans tous les sens, un vrai sapin de Noël. Pas de support de bobine fourni, ce qui est limite à ce prix. Et le détail qui interpelle : cette machine « industrielle », censée imprimer des matériaux techniques, est vendue en pack avec un kit pour imprimer un moulin à café.
On pourrait croire qu'on chipote. Sauf que de plus près, l'inquiétude grandit. Le caisson ? Une simple mousse en guise d'isolant, compliqué pour une machine devant monter aussi haut en température. Un câble à l'air libre en pleine tête d'impression. Et le détail qui achève : un vrai trou, un espace ouvert entre l'écran et l'intérieur de la machine.
3. Les premiers pas : une mise en route chaotique
Première étape, la plus basique du monde : charger le filament. Eh bien l'extrudeur n'a même pas réussi à le prendre. Impossible. On a dû démonter tout l'extrudeur, avant même d'avoir imprimé quoi que ce soit. Et pendant que la machine était ouverte, deuxième surprise : aucun axe n'est lubrifié. Zéro graisse. On a dû faire un entretien complet sur une machine tout juste sortie du carton. Toujours rien imprimé à ce stade.
Ensuite, pour trancher les fichiers, il a fallu récupérer une version « maison » d'OrcaSlicer, bricolée par la marque, juste pour disposer d'un profil de la machine. On s'accroche, et on lance enfin une vraie impression : une pièce en PLA de 9 heures. Le résultat ? Correct, mais indigne du prix. Une qualité digne d'une entrée de gamme mal réglée : des couches ultra visibles, du ghosting partout. Pour 1000 euros, ça pique.
Décevant, mais pas dramatique en soi, on n'achète pas cette machine pour du petit plastique. Du moins, c'est ce qu'on croyait. Car en la démontant davantage, son vrai visage est apparu : à l'intérieur, du plastique cheap, des pièces fragiles et mal conçues. On se demandait sincèrement comment tout ça allait tenir pour la suite. Et c'est exactement là qu'un truc qu'on n'avait jamais vu s'est produit.
4. Le moment qui fait basculer le test
On lance simplement le préchauffage. Juste la chauffe. On n'imprime même pas encore. Et là, la chaussette en silicone qui entoure la buse s'est mise à fondre.
Une chaussette en silicone est justement conçue pour encaisser des températures énormes, bien au-delà de celles de la buse. Si elle fond, ça veut dire une seule chose : les composants ne supportent même pas les températures que la machine annonce.
Le raisonnement est implacable. Si le simple préchauffage fait déjà fondre des pièces, qu'est-ce qui va se passer quand on va vraiment attaquer le PEEK ? On allait très vite le découvrir.
5. Le test PEEK : la promesse à l'épreuve du feu
Le PEEK. La grande promesse. La raison d'être de cette machine. On avait mis les moyens : PEEK, PEKK, PPS carbone achetés spécialement, pour lui donner toutes ses chances sur son propre terrain.
Premier essai : échec. Deuxième essai : échec. La machine se met en erreur dès qu'on lui demande de monter à sa température max de 450 °C, et pareil quand on veut porter la chambre à 90 degrés, comme l'annonce pourtant la fiche du fabricant. Troisième tentative : on bidouille, on lance. Les deux premières couches passent bien, bon signe, et d'un coup, fuite de la buse. Un énorme blob de PEEK qui déborde de partout. La buse ? Morte, irrécupérable. Et comme si ça ne suffisait pas, le PEEK a fusionné avec le plateau PEI. Soudé. Le plateau aussi, bon pour la poubelle.
6. Pourquoi c'était perdu d'avance
Pourquoi un tel désastre ? La réponse est dans l'argument numéro un de la machine : cette fameuse chambre à 90 degrés. Le constructeur annonce 90 °C. En pratique ? Impossible de tenir une température de chambre stable. La cause est visible : des trous dans le carter, une porte qui ferme mal, un caisson en plastique avec une simple mousse pour isolant. La chaleur s'échappe de partout.
Et même dans le meilleur des cas, rappelons-le : 90 degrés pour du PEEK, c'est déjà le bas de la fourchette. L'idéal se situe entre 120 et 150 degrés pour aller chercher les vraies propriétés mécaniques. À 90 °C, on est déjà au minimum, sauf qu'ici, la machine n'atteint même pas ce minimum de façon stable. Résultat : tout le positionnement « PEEK » de la machine s'effondre.
Le symbole parfait de tout ça ? Ces LED RGB. Elles clignotent partout pour faire joli, mais n'éclairent même pas l'intérieur de la chambre, là où ce serait vraiment utile pour surveiller l'impression. Tout est résumé : du clinquant à la place du fonctionnel.
7. Y a-t-il quelque chose à sauver ?
Est-ce que tout est à jeter ? Non. Il reste une chose. Une seule : Klipper. Le fait que la machine tourne sous Klipper est son vrai, son unique atout. Pas d'écosystème fermé, et la possibilité d'aller très loin dans les réglages. Pour un bidouilleur acharné qui cherche un projet à dompter et adore mettre les mains dans le cambouis, il y a une matière première.
Mais soyons clairs : un bon logiciel ne rattrapera jamais un matériel qui fond au préchauffage. Pour le reste, l'interface est mal pensée et peu intuitive, les finitions sont absentes, le câblage dépasse de partout et les cartes électroniques sont à l'air libre. Le point fort, c'est Klipper. Les points faibles, c'est à peu près tout le reste.
8. L'Elyarchi face à la réalité du marché
Pour situer la machine, il faut confronter ses promesses à ce qu'on trouve ailleurs. Face à une vraie machine PEEK ou à une simple imprimante fiable du même prix, le positionnement de l'Elyarchi devient difficile à défendre.
| Critère | Alcheman Elyarchi | Machine PEEK pro | Imprimante fiable ~1000 € |
|---|---|---|---|
| Prix | ~1 000 € | ~10 000 € | ~1 000 € |
| Temp. buse annoncée | 450 °C | 500 °C | ~300 °C |
| Chambre chauffée | 90 °C annoncés, non tenus | Chauffée et stable | Fermée (selon modèle) |
| Matériaux techniques | Échec en test | Oui, fiable | Non (usage courant) |
| Fiabilité | Très faible | Élevée | Élevée |
| Firmware | Klipper (ouvert) | Propriétaire | Variable |
Comparatif indicatif à visée pédagogique. Spécifications et tarifs à vérifier sur les fiches officielles, susceptibles d'évoluer.
9. Points forts et points faibles
On a aimé
- Klipper : machine ouverte, sans écosystème verrouillé, réglable à l'infini.
- L'ambition : la fiche technique vise juste, la cible (démocratiser les matériaux techniques) est louable.
- Le potentiel communautaire : étant ouverte, elle laisse la porte à des correctifs et à une éventuelle V2.
On a détesté
- Composants qui fondent : la chaussette silicone cède au simple préchauffage.
- Chambre non fonctionnelle : impossible de tenir 90 °C (trous, porte, isolation mousse).
- Fiabilité inexistante : buse et plateau détruits en deux impressions PEEK.
- Mise en route pénible : extrudeur à démonter, axes non lubrifiés, slicer bricolé.
- Finitions cheap : plastique fragile, câblage apparent, LED décoratives inutiles.
10. Verdict : faut-il acheter l'Alcheman Elyarchi ?
La question du début : le hold-up du siècle, ou le mirage ? Deux scénarios étaient possibles. Un : si la machine tenait ses promesses, elle devenait l'une des plus grosses surprises du marché FDM de ces dernières années. Deux : si la réalité restait en dessous des annonces, elle rejoignait la longue liste des imprimantes financées en ligne aux fiches techniques de rêve et aux résultats décevants.
Pas pour de la production : la fiabilité est inexistante. Pas pour un pro. Et pas vraiment pour un maker non plus, sauf si vous cherchez précisément un projet cassé à réparer, en toute connaissance de cause. Parce que pour 1000 euros, vous pouvez avoir une imprimante qui fonctionne, qui imprime tout ce dont 95 % des gens ont besoin, et qui ne fait pas fondre ses propres pièces.
On aurait adoré annoncer la surprise de l'année, le petit nouveau qui bouscule les géants. Ce n'est pas le cas. Pas encore. On espère sincèrement que la marque apprendra de ce premier essai : l'intention, elle, mérite qu'on lui laisse une seconde chance.

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